Interdiction des gras trans: apprendre de ceux qui n’ont pas attendu pour le faire

S’il y a une chose sur laquelle tout le monde s’entend en nutrition (même sur Facebook et internet!), c’est bien que les gras trans sont les gras les plus nocifs « ever » pour la santé de notre cœur. Même si plusieurs actions ont été posées au Canada pour en éliminer une bonne partie dans nos aliments, on en mange encore trop en 2017.

Dans un nouveau projet de règlement déposé il y a quelques jours (à lire ici), Santé Canada propose d’interdire les huiles partiellement hydrogénées (HPH) – « la principale source de gras trans industriels » – dans tous les aliments vendus au pays. Cette mesure sera-t-elle (enfin) suffisante pour protéger notre santé?

Plusieurs pays n’ont pas attendu jusqu’à la fin des temps et ont imposé des mesures sévères de réduction des gras trans alimentaire il y a déjà plusieurs années. Et ça s’est avéré très payant pour leurs portefeuilles et la santé de leurs populations.

 

Le Danemark, un leader mondial

Le Danemark est le premier pays à avoir déployé une interdiction nationale des gras trans. Il a imposé un maximum de 2% en gras trans artificiel pour les huiles et les gras destinés à la consommation humaine. À la suite de cette politique, les gras trans ont pratiquement été éliminés de la chaîne alimentaire. En seulement 3 ans, la mortalité attribuable aux maladies du cœur a diminué de près de 5 %. Cette mesure a été qualifiée de «meilleur choix» en matière de politiques de santé, puisqu’elle devrait fournir un retour sur investissement très élevé (estimé à environ 361 millions d’euros) pendant de nombreuses années.

On sait aussi que d’interdire les gras trans dans les produits industriels ou la restauration rapide est deux fois plus efficace qu’une simple politique d’étiquetage ou de mesures volontaires (comme au Canada) pour réduire la mortalité cardiovasculaire d’une population entière. Le Royaume-Uni estime qu’il pourra prévenir environ 7200 morts par ans par la mise en place de cette mesure.

 

Le Canada est-il dans la « parade »?

En 2007, le ministre de la Santé du gouvernement fédéral a fortement suggéré à l’industrie alimentaire et aux restaurateurs de diminuer la quantité de gras trans dans leurs aliments. Même si cette mesure était volontaire, beaucoup ont apporté des modifications à la composition de leurs aliments afin de satisfaire la demande du gouvernement, mais surtout pour satisfaire l’opinion publique. Un an plus tard, un petit échantillonnage d’aliments à l’échelle nationale révélait que 80 % des aliments préemballés dont l’étiquette a été examinée respectaient la limite de gras trans établie. Mais ces efforts ne sont nettement pas suffisants pour abaisser l’apport en gras trans des Canadiens au niveau des recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé, soit moins de 1% de l’apport énergétique total.

 

L’industrie alimentaire devra se casser la tête

Voici donc un nouveau défi pour l’industrie alimentaire, qui n’aura d’autre choix que d’adapter leurs produits à cette nouvelle réalité si ce projet de règlement entre en vigueur. Ils devront substituer les produits partiellement hydrogénés par un autre gras, tout en essayant de conserver le goût, la texture et de maintenir la durée de conservation sur les tablettes. Plusieurs méthodes sont donc en train de se mettre pour remplacer les gras trans … et certaines sont déjà fortement critiquées!

 

Mauvais gras, mauvais aliments

Malgré tout le potentiel positif qu’a l’élimination des gras trans, n’oublions pas quels sont les aliments qui en sont riches: biscuits, beignes, gâteaux, pâtisseries, grignotines,  shortening, margarine, aliments frits et panés, etc. Les aliments qui sont riches en gras trans sont et resterons toujours des aliments ultra-transformés et de fable valeur nutritive. Avec ou sans gras trans. Il ne faut donc pas négliger de faire de bons choix au quotidien.

 

Histoire de gras trans

Il faut savoir que les gras trans ont été créés de toute pièce par l’homme. Ils sont le résultat d’un procédé chimique permettant de transformer – ou hydrogéner – une huile normalement liquide à température pièce en une matière solide ou semi-solide. L’hydrogénation est un processus « payant »  pour l’industrie alimentaire. Il augmente la stabilité, la résistance à l’oxydation et la durée de vie sur les tablettes de nos aliments. Dans les années 1990, les Canadiens étaient parmi les plus grands consommateurs de gras trans à travers le monde. Or avec le temps, on s’est rendu compte que ce procédé était très nuisible pour notre santé et augmentait les risques de mortalité. L’indication des gras trans sur les étiquettes nutritionnelles est obligatoire depuis 2002 au Canada. En 2007, le gouvernement fédéral a proposé une mesure volontaire de réduction des gras trans à l’industrie alimentaire et aux restaurateurs. Malgré toutes ces mesures, on mange encore trop de gras trans.

Je remercie Mélanie Pronovost, nutritionniste (et stagiaire chez Science & Fourchette), pour sa collaboration à la rédaction de ce billet.

 

Références
Allen K et al.  Potential of trans fats policies to reduce socioeconomic inequalities in mortality from coronary heart disease in England: cost effectiveness modelling study. British Medical Journal; 351:h4583
Gouvernement du Canada (Archivé). Le gouvernement du Canada publie des données confirmant la réduction de la teneur en gras trans des aliments au Canada. [EN LIGNE]
Organisation mondiale de la Santé. L’Europe, leader mondial en matière d’élimination des acides gras trans. [EN LIGNE]
Restrepo et al. Denmark’s policy on artificial trans fat and cardiovascular disease 2016. American journal of preventive medicine50(1), 69-76.
Santé Canada. Les gras trans. [EN LIGNE]
Santé Canada. Publication sur l’analyse des risques alimentaires : Évaluation des risques que comporte l’exposition aux gras trans au Canada. [EN LIGNE]