Tout ce qu’il faut savoir avant d’acheter bio (ou pas)

On sait désormais qu’il y a plusieurs avantages à acheter ou à manger bio … et aussi plusieurs désavantages. Par exemple, dans une étude réalisée aux États-Unis, les aliments biologiques coûtaient en moyenne 47% plus cher que la version non bio. Déjà qu’on capote quand on voit le total de notre facture d’épicerie, on n’a pas nécessairement envie qu’il grimpe encore plus. Outre l’aspect monétaire, que doit-on considérer avant d’acheter bio ou non?

 

Le temps, c’est de l’argent

On ne se le cachera pas, l’agriculture traditionnelle a des conséquences désastreuses sur l’environnement : perte de la biodiversité, problème des algues bleues, contamination de l’eau, du sol et de l’air, alouette. Elle pourrait même menacer la vie des insectes pollinisateurs (abeilles), qui jouent un rôle essentiel dans la production des fruits, des légumes, des noix et des autres végétaux.

En agriculture biologique, fini les engrais et pesticides chimiques, les OGM, les hormones de croissance et les antibiotiques! On dit aussi adieu à la surpopulation animale dans des bâtiments fermés. Pas de doutes, l’agriculture biologique porte dans son cœur le respect de notre planète.

Il ne faut donc pas s’étonner que l’alimentation biologique coûte plus cher. Au lieu d’utiliser des herbicides, on enlève les mauvaises herbes mécaniquement. Pas d’hormone de croissance, donc des périodes d’élevage plus longues. Et quand on brasse des affaires, le temps, c’est de l’argent!

 

Meilleur pour la santé?

Une méta-analyse a conclu que les fruits et légumes cultivés de façon biologiques contiennent plus d’antioxydants et moins de pesticides et de certains métaux lourds toxiques. Alors, «sans pesticide» est-il synonyme de « meilleure » santé?

Dans les faits, on sait que les aliments issus de l’agriculture traditionnelle (non bio) contiennent des résidus de pesticides en très petites quantités. Le Gouvernement du Canada affirme qu’il n’y en a pas en quantité suffisante dans nos aliments en général pour avoir des effets négatifs sur notre santé. Tout comme il n’y a pas suffisamment d’évidences scientifiques pour affirmer que le bio est nettement meilleur pour la santé que le non biologique.

Mais le sujet déchire quand même la communauté scientifique.

 

La nutrition, ce n’est jamais blanc ou noir

Une partie des chercheurs s’inquiètent que les pesticides que l’on consomme involontairement s’accumulent dans notre corps pour perturber notre système endocrinien. Une question légitime à laquelle personne n’a encore de réponses claires.

Ce qu’on sait pour le moment, c’est que certaines études ont établi des liens directs entre une exposition MASSIVE aux pesticides et plusieurs maladies, notamment l’Alzheimer, le Parkinson, le cancer, l’asthme et le diabète. C’est particulièrement vrai chez les agriculteurs et les habitants de zones rurales qui y sont exposés de façon importante via l’air ambiant. Il faut aussi mentionner que les quantités de pesticides présentes dans nos aliments n’ont rien à voir avec les niveaux qui ont été observés dans ces études. Sans pouvoir prédire l’avenir, on n’a pas énormément d’évidences sous la dent présentement pour s’inquiéter dramatiquement.

 

Il ne faut pas virer fou avec ça

Manger bio, ça doit être un choix personnel qui s’harmonise autant avec notre portefeuille qu’avec nos valeurs.

Bio ou pas, on sait que les multiples avantages à manger beaucoup de fruits et des légumes outrepassent largement les désavantages à ne pas en manger.

On peut quand même mettre en place quelques actions peu coûteuses pour limiter notre exposition aux pesticides:

  1. On lave ou on brosse nos fruits et légumes à l’eau froide.
  2. On varie son alimentation, on mange cuisiné maison et on choisit des aliments de saison.
  3. On s’abonne à des paniers bio d’un fermier à proximité de chez nous pour avoir des aliments presque au même prix que le non-bio.

Et on garde la tête froide face à ce trop-plein d’information à propos du bio et des pesticides sur le Web. Ça ne change en rien les  principes de base d’une saine alimentation.

 

Je remercie Mélanie Pronovost, nutritionniste-stagiaire chez Science & Fourchette, pour la rédaction de ce billet.

Références
Consumer Reports. The cost of organic food. [EN LIGNE] http://www.consumerreports.org/cro/news/2015/03/cost-of-organic-food/index.htm
Lavallée, B. (2015). Sauver la planète une bouchée à la fois : trucs et conseils. Montréal, Québec : Les éditions La Presse
Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation. L’alimentation biologique, un choix logique! [EN LIGNE] http://www.mapaq.gouv.qc.ca/fr/Publications/AlimentsBio.pdf
Gouvernement du Canada. Pesticides et salubrité des aliments. [EN LIGNE] http://www.canadiensensante.gc.ca/product-safety-securite-produits/pest-control-products-produits-antiparasitaires/pesticides/about-au-sujet/food-aliments-fra.php
Les diététistes du Canada. Les aliments biologiques sont-ils meilleurs pour la santé ? [EN LIGNE] http://www.dietitians.ca/Your-Health/Nutrition-A-Z/Grocery-Shopping/Are-organic-foods-better-for-my-health.aspx
Kim KH. et al. (2016). Exposure to pesticides and the associated human health effects. Science of The Total Environment.
Baranski M. et al. (2014). Higher antioxidant and lower cadmium concentrations and lower incidence of pesticide residues in organically grown crops: a systematic literature review and meta-analyses. British Journal Of Nutrition.
Smith-Spangler C. et al. (2012). Are organic foods safer or healthier than conventional alternatives? Ann Intern Med. 157(5):348-366
National Pesticides Information Center. How can I wash pesticides from fruit and veggies? [EN LIGNE] http://npic.orst.edu/capro/fruitwash.html