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Le beau, le mauvais et le laid des plans alimentaires

L’autre jour, une jeune femme me confie qu’elle est tombée sur un plan alimentaire d’une coach santé. Elle a décidé de suivre ce plan. Celui-ci allait enfin lui faire retrouver rapidement son poids « santé », celui qu’elle avait avant l’arrivée de bébé. Cette diète est même reconnue pour être sécuritaire, pour avoir sauvé la vie de milliers de gens et est approuvée par un soi-disant médecin ou nutritionniste. Elle ne comprend pas trop les principes métaboliques qui lui ont été expliqués, mais son insuline est la coupable depuis toutes ces années.

Maintenant, elle doit tout peser, mettre ses aliments dans des petits contenants prémesurés, bannir bien des aliments de son garde-manger et consommer ce qui est écrit sur le plan prédéterminé. Seulement pour les 28 prochaines journées!

Dans les faits, son désir de prendre un shortcut pour arriver le plus vite possible au poids désiré était palpable. Qu’importe si c’est fait au détriment de sa santé. Une histoire si courante de nos jours. Et si triste.


Décoder les plans alimentaires

Un plan alimentaire, c’est une diète amaigrissante où l’on vous jure que ce n’est pas une diète. Ça vous propose un nombre théorique de calories et ça vous fait miroiter un tas de promesses aussi vide que le néant. Ça pollue le Web avec des images avant | après d’individus en petite tenue et ça termine toujours son pitch de vente avec la même phrase béton et ses 3 points d’exclamation:

« Notre méthode n’est pas compliquée! Si moi et mon groupe y arrivons, vous aussi vous le pouvez (!!!) »

À l’heure où certains veulent à tout prix perdre du poids avant les vacances ou d’enfiler le bikini, c’est l’urgence. Et le plan alimentaire, la « solution » qui promet la rapidité, la facilité et qui vous garantit une perte de poids précise pour la vie en misant sur l’importance des calories.

Satisfaction garantie ou argent remis

Tous du pareil au même

Au final, pourquoi se soucier de vos goûts, de votre diversité génétique, de votre physiologie ou de votre existence à toute vitesse? Après tout, un plan alimentaire ne vous laissera pas de place pour prendre des décisions, pour comprendre vos motivations, pour mettre de la variété ou pour modifier vos habitudes pour vrai. Il va diaboliser des aliments ou des nutriments à outrance, il va bafouer les règles élémentaires de l’équilibre alimentaire et anéantir le plaisir de manger.

Le plan alimentaire vous sera remis sous la forme d’un livre ou de feuillets. Il sera exactement le même qui a été remis à Madame Tremblay et à Monsieur Savard, à une micronuance près: on aura au moins pris le temps de changer le nom dessus.

On parle de succès ou d’échec. Pas de votre santé.

On veut votre argent mensuellement

Il y a aussi le côté vraiment laid des plans alimentaires.

De nos jours, on n’a même plus besoin d’en chercher un bien longtemps. On peut trouver 5 430 000 différents plans alimentaires pour perdre du poids par une simple recherche sur Google. Si jamais ce n’est pas suffisant, un « coach santé » qui fait « bien sa job » de profilage sur Facebook finira bien par vous en proposer un via votre messagerie privée. Tout ça parce que votre photo semble avoir vraiment besoin de perdre quelques kilos.

Je n’exagère même pas.

Il ne faudra pas non plus tourner le dos aux shakes nutritifs ou aux petits suppléments 100% naturels qui vous aideront à contrôler votre appétit et qui vous rendront plus heureux et en santé. Comme si le Bon Dieu avait oublié de nous doter de signaux de satiété. Gare à vous si vous refusez de les acheter. Ce sera de votre faute si le plan ne fonctionne pas.

Je pourrais continuer à énumérer sans fin les stratégies et les prétentions des différents plans alimentaires. Mais ce serait un travail interminable.

Je pourrais aussi en débattre à l’infini. Mais l’exercice deviendrait vite redondant.

La science en a trop long à dire à ce sujet

Malheureusement, nos sommes à une ère où il est difficile d’échapper à la désinformation en nutrition. N’importe qui propose des plans alimentaires ou se croit expert de la nutrition parce qu’il mange trois fois par jour. Pourtant, il faut une solide formation médicale de calibre universitaire et une approche à 360 degrés pour être capable de tenir compte de tous les facteurs qui peuvent l’influencer l’alimentation et le poids d’une personne.

Dans la réalité, tous les plans alimentaires nous feront perdre du poids de façon impressionnante. Pendant cette période de lune de miel, on voit son estime de soi gonflée à bloc puisqu’on a l’impression d’avoir enfin le contrôle sur son poids et sur sa vie. Enfin le bonheur!

Toutefois, la majeure partie du poids perdu est le résultat d’une déshydratation et d’une perte de notre masse musculaire. Plusieurs études mentionnent qu’on ne perd pratiquement pas de masse adipeuse (de notre gras), même après quelques semaines de régime draconien. Ceci entraîne inévitablement une diminution de notre métabolisme de base (énergie nécessaire pour permettre à notre corps de fonctionner au repos sur une période de 24h) parce que manifestement, notre métabolisme est plus futé que nos désirs.

Handicaper son métabolisme de base

Les conséquences à moyen et long terme des plans alimentaires sont encore trop souvent sous-estimées. Plusieurs études ont montré qu’entre 85 et 95% des personnes qui ont suivi des diètes sont retournés à la case départ après 2 ans ou plus. Notre métabolisme de base continue aussi à s’abaisser après la fin du régime, même quand on regagne du poids. Dans les faits, ceci signifie que pour qu’une personne puisse maintenir un poids stable, elle doit alors manger beaucoup moins de calories qu’il y a plusieurs années. Sans oublier de mentionner les sentiments d’échec, de culpabilité, de faible estime de soi et d’insatisfaction corporelle.

Ne serait-il pas temps de sérieusement remettre en question les plans alimentaires?


Remerciements

Je remercie Karine Gravel, nutritionniste, docteure en nutrition pour sa collaboration à la rédaction de ce billet. karinegravel.com

Merci également à mes collègues nutritionnistes qui ont répondu à mon appel et qui m’ont partagé plusieurs expériences en la matière.

Références

Dansinger ML et al. Comparison of the Atkins, Ornish, Weight Watchers, and Zone diets for weight loss and heart disease risk reduction: a randomized trial. JAMA 2005.

ÉquiLibre. Les dangers des diètes. [En ligne] (page consultée le 17 juin 2017)

Extenso. La recette pour échapper à la désinformation en nutrition. [En ligne] (page consultée le 16 juin 2017)

Ferland A et al. Diets for Weight Reduction in Obesity. Eating Disorders and Weight Loss Research 2007. Nova Science Publisher, New York.

Fothergill E et al (2016). Persistent metabolic adaptation 6 years after “The Biggest Loser” competition. Obesity 2016.

Tremblay A et al. Adaptative thermogenesis can make a difference in the ability of obese individuals to lose body weight. International Journal of Obesity 2013.

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