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Le sucre rend accro comme la cocaïne. Vraiment?

Selon certains chercheurs, le sucre ajouté n’est rien de moins qu’une drogue qui crée une dépendance comparable à la cocaïne.

Cette hypothèse fait sporadiquement les manchettes dans les médias depuis 2013. Chaque fois que je vois ce titre accrocheur défiler dans les médias, ça me gosse. Et là attention! Je suis à des années lumières de monter aux barricades pour défendre le sucre ajouté inutilement dans nos aliments. Côté consommation, il y a encore franchement de la place à l’amélioration.

Toutefois, aucun chercheur n’a encore réussi à me convaincre que le sucre se compare à une drogue dure. Ce n’est là qu’une conclusion sensationnaliste et simpliste à une problématique qui est loin de l’être. Je vous explique mon point de vue.


Sucre et drogue, du pareil au même?

L’histoire débute au moment de la publication d’une importante étude américaine, qui s’est penchée sur les liens entre la consommation d’aliments riches en sucre et en gras et les régions du cerveau stimulées lors de comportements de dépendance. Les extra-gros milkshakes sucrés bus par les participants (tous des humains en passant) avaient réussi à stimuler une toute petite zone du cerveau. Exactement celle qui joue un rôle dans nos systèmes de récompense, de dépendance, de rire, de plaisir, de peur et … dans l’effet placebo*.

À peine 2 semaines plus tard, les médias se sont emballés à nouveau devant les résultats préliminaires d’une autre étude qui « confirmait » ces résultats. Celle-ci avançait que les biscuits Oreo causaient une plus grande dépendance que celle à la cocaïne. Cette étude réalisée chez le rat venait définitivement « clouer le clou » dans le cercueil du sucre, maintenant comparée internationalement à de la drogue. Depuis, les études sur le sujet (exclusivement effectuées chez le rat) se sont multipliées.

Regarder l’image globale du puzzle

Bien que ce soit une analogie séduisante, il n’existe pas à ce jour de preuve solide que le sucre entraîne une réelle dépendance chez l’humain comme peut le faire la cocaïne, la nicotine ou l’héroïne. Malgré tout, on retrouve encore des personnes qui se basent sur les études chez le rat pour continuer à promouvoir cette idée haut et fort.

Toutefois, ce n’est pas parce qu’on obtient des résultats chez des animaux qu’on obtiendra les mêmes chez l’homme. Le rat est un animal hyper sensible et hyper réactif aux expérimentations (je ne parle pas de sentiments ici, mais des réactions biologiques).  C’est aussi tout un défi de transposer ces résultats aux humains puisqu’on consomme rarement du sucre de façon isolée et massive comme c’est le cas des études chez les animaux. C’est pourquoi plusieurs chercheurs ont fait une sortie publique pour dénoncer qu’il était grandement prématuré de parler de dépendance au sucre dans les recommandations scientifiques ou dans les médias.

Leur message hautement moins « sexy » est passé complètement inaperçu.

Et le cerveau dans tout ça?

Oui, le sucre et la cocaïne sont des substances qui vont activer des mécanismes de récompense du cerveau, j’en conviens. Toutefois, on sait aussi que ce n’est pas de la même façon ni de même intensité. Si on reprend textuellement la conclusion de l’étude des milkshakes, on y rapportait que: « l’intensité de la stimulation du cerveau par le sucre était identique à la jouissance d’un golfeur visualisant les verts ou à celle d’un amateur de musique classique ».

Rien qui m’inquiète beaucoup ici.

Que doit-on retenir du sucre et de la cocaïne

Si on mange autant de sucre et d’aliments sucrés, ce n’est certainement pas parce qu’ils créent une dépendance. C’est avant tout parce qu’ils sont facilement accessibles partout dans l’offre alimentaire. Les produits sucrés, notamment les boissons sucrées, font l’objet d’un marketing agressif basé sur de la publicité massive, des bas prix et des promotions alléchantes. En plus des boissons, des friandises et des desserts très sucrés, les sucres ajoutés se retrouvent dans bien des aliments transformés, comme les céréales à déjeuners, le yogourt aromatisé, les barres granolas, le pain, les sauces et les condiments.

Bref, la seule similitude entre le sucre et la cocaïne, c’est que ce sont tous deux une poudre blanche.


*À propos de l'effet placebo

Vous savez quand on donne un baiser sur le bobo de notre enfant et qu’il cesse vite de pleurer? Ce n’est pas la magie qui l’a soulagé, mais bien l’effet placebo. L’effet placebo débute dans le cerveau, mais peut avoir des effets bien réels. On parle de soulagement obtenu par l’administration de comprimés, de liquides, d’injections et de toutes procédures qui ne sont pas censées avoir d’effets réels sur la maladie à traiter.

Ce billet a été écrit en collaboration avec Mara Hannan-Desjardins, stagiaire au baccalauréat en nutrition à l’Université Laval.

Références

Mercure P. Le sucre rend-il accro comme la cocaïne? La Presse 2018 [EN LIGNE] – Page consultée le 18 octobre 2018.

Lennerz BS et al. Effects of dietary glycemic index on brain regions related to reward and craving in men. Am J Clin Nutr. 98 (3); 2013: p641–647.

Levy A et al. Co-sensitivity to the incentive properties of palatable food and cocaine in rats; implications for co-morbid addictions. Addict Biol. 2013 Sep;18(5):763-73.

Ahmed SH et al. Sugar addiction: pushing the drug-sugar analogy to the limit. Curr Opin Clin Nutr Metab Care. 2013 Jul;16(4):434-9.

Westwater LM et al. Sugar addiction: the state of the science. Eur J Nutr. 2016 Nov;55 (Suppl 2):55-69

Institut national de la santé publique du Québec. La consommation de sucre et la santé. 2017 [En ligne] – Page consultée le 18 octobre 2018

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