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On a toujours besoin d’un coupable

Le sucre est le grand coupable de l’épidémie d’obésité. Les gras saturés sont coupables des maladies cardiaques. Le gluten est coupable de tous les maux gastro-intestinaux et le lait de vache coupable d’un tas de maladies de la peau (en plus d’un million d’autres bobos).

Tout ça, c’est le résultat d’une expérience toute simple que j’ai faite: j’ai juste cherché sur Google ce qui causait tous ces problèmes de santé. Je vais aussi vous avouer quelque chose. Je trouve fascinant de voir à quel point les moteurs de recherche arrivent toujours à trouver rapidement un unique coupable à toutes ces maladies et à nous en expliquer la cause en moins de 500 mots.

À ce compte-là, comment arriver à manger sans culpabilité?


Notre assiette est un long couloir de la mort

Ce serait si simple si seulement un aliment ou un nutriment était « toxique » pour notre santé. Il suffirait de l’éradiquer de notre alimentation. C’est tellement plus facile de diaboliser à l’excès un aliment ou un nutriment. « Ciao-bye les glucides et on va tous maigrir demain matin! ». Bonjour la solution simpliste.

C’est plus difficile de considérer un aliment dans toute sa complexité et sa globalité. Encore plus difficile de comprendre sa synergie avec tous les autres nutriments au cours d’un repas. Malgré les milliers d’études qui sont faites en nutrition chaque année, la nutrition reste encore et toujours une science jeune qui en a beaucoup de chose à nous apprendre.

Chercher le coupable

Force est de constater qu’on est sans pitié à pointer du doigt un coupable dans notre alimentation et à rapidement le condamner sans nuance. Il n’y a pas si longtemps, c’était le gras qui était au banc des accusés. En se faisant répéter de l’éviter, on a vécu parallèlement la bonification de l’offre alimentaire transformée « sans gras» et l’émergence de toutes sortes de diètes populaires, souvent assez farfelues, qui l’éliminait de nos vies. C’est ainsi que le gras s’est fait isoler dans le couloir de la mort une bonne dizaine d’années, avec certaines bonnes, mais surtout un paquet de mauvaises raisons.

On se doit admettre qu’on a vécu un bel échec avec cette condamnation à mort. Aujourd’hui, j’ai l’impression que l’on est en train de répéter la même erreur avec le sucre. Oui, l’histoire se répète avec encore une fois. On n’a qu’à penser à l’industrie de l’amaigrissement qui a remis le gras « à la mode » avec la diète cétogène.

Je vais vous faire une prédiction: dans environ 1 an et 3 mois, on fera face à un nouveau coupable (rien de scientifique ici, c’est juste mon pif). Il sera à nouveau banni de nos assiettes tout comme qu’il avait été fortement encouragés auparavant. On se plongera encore une fois dans des discours alimentaires contraignants et on s’éloignera du plaisir naturel de manger.

Faire procès équitable

Je vais vous partager mon expérience, le fruit de mes 15 années d’études en nutrition: le problème avec l’alimentation d’aujourd’hui, ce n’est pas de boire une boisson sucrée 1 fois par mois. C’est d’en boire à tous les jours. Il n’existe pas de mauvais aliments, encore moins de mauvais nutriments. Il n’y a que des habitudes à revoir. Il ne sert à rien attendre que quelqu’un d’autre prenne l’initiative de changer nos habitudes alimentaires à notre place ou nous propose LA méthode pour y arriver. Il faut cesser de chercher un seul et unique coupable, sans quoi on finira toujours par se sentir coupable de manger.

Si on souhaite amener un vent de changement dans notre alimentation, il faut en être l’acteur. Il faut revenir aux bases d’une saine alimentation: manger moins d’aliments transformés, cuisiner et donner plus de place aux aliments d’origine végétale. La science est sans équivoque à ce sujet: on n’a pas besoin de bannir des aliments, des groupes alimentaires ou des nutriments de son alimentation pour être en santé. On doit surtout prendre le temps de réfléchir à la place qu’on leur accorde dans notre alimentation à chaque jour.

 

Les opinions émises dans ce billet n’engagent que l’auteure.


Remerciements

Je remercie Karine Gravel, nutritionniste, docteure en nutrition pour sa collaboration à la rédaction de ce billet. Vous pouvez suivre le blogue de Karine Gravel à karinegravel.com.

Références à consulter

Pour une référence crédible à propos du sucre

Catherine Lefebvre: Sucre vérités et conséquences. 2016. Édito.

Pour une référence crédible sur l’alimentation globale

Hélène Baribeau. Manger mieux pour être au top – Nutrition optimale pour vivre longtemps et en meilleure santé. 2014. Les éditions La Semaine.

 

Pour consulter un diététiste-nutritionniste: opdq.org

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