Science des aliments

L’huile de noix de coco n’est pas bonne pour la santé

Les scientifiques ont maintenant assez d’évidences pour l’affirmer. L’huile de noix de coco est loin d’être aussi bonne pour la santé que certains « gourous » nous l’ont fait miroiter. Les chercheurs ont constaté que l’huile de coco augmentait le cholestérol LDL – une cause parmi d’autres des maladies du coeur – autant que le beurre, le gras de boeuf ou l’huile de palme. De plus, aucune étude sérieuse n’a permis à ce jour de démontrer des effets positifs sur la santé. Même la plus récente prise de position du comité d’experts de la prestigieuse l’American Heart Association déconseille fortement l’utilisation de l’huile de noix de coco sur une base quotidienne.

Allant encore plus loin, la professeur Karin Michels de la prestigieuse Harvard TH Chan School of Public Health n’hésite plus à parler de l’huile de coco comme d’un « pur poison » et comme du « pire aliment sur terre ». La semaine dernière, ses propos bien tranchés sur le sujet ont fait le tour de la planète … et bien sûr, des médias sociaux.


D’emblée, je suis rarement à l’aise avec des opinions trop « tranchées » ou « spectaculaires » sur la nutrition. La plupart du temps, ce sont des pièges à clics pour augmenter le trafic sur un site Web #clickbait. Je crois toutefois qu’il est important de bien s’informer sur un sujet, de peser le pour et le contre et de prendre la meilleure décision pour nous.

Voici donc tout ce qu’il faut savoir à propos de l’huile de noix de coco.

Marketing alimentaire « sexy »

Un récent sondage indique que 72 % de la population américaine considèrent toujours l’huile de coco comme un aliment santé, comparativement à 37 % des nutritionnistes.  Selon cette même étude, cette déconnexion entre cette croyance et l’avis des experts serait attribuée au marketing « sexy » de l’huile de coco par la presse populaire.

La popularité de l’huile de noix de coco est donc loin de s’essouffler. On lui prête beaucoup de vertus, que ce soit pour améliorer l’apparence de notre peau, de nos cheveux, pour perdre du poids ou pour améliorer notre santé en général, etc. Parallèlement, rien n’a changé au niveau de la composition en acides gras de l’huile de noix de coco: près de 90% de ses acides gras sont saturés, ce qui est un pourcentage bien supérieur au beurre (près de 65%), au boeuf (43%) et au saindoux (près de 40%).

Confusion autour d’une noix

Pour bien comprendre la confusion autour de l’huile de coco, il faut savoir que toutes les huiles et les graisses sont composées de différents types d’acides gras en proportion différents et que ceux-ci ont chacun leurs qualités et leurs défauts. Par exemple, 15% des acides gras de l’huile de sésame sont saturés et 85% sont insaturés (polyinsaturés + monoinsaturés).  L’huile de coco, qui nous intéresse plus particulièrement, fait figure d’exception pour un gras végétal puisqu’il est fortement saturé.

Désormais, les scientifiques ont suffisamment d’évidences pour croire que l’huile de noix de coco est loin d’être notre meilleur choix. Toutefois, quelques pistes laissent croire que l’huile de noix de coco aurait très peu d’effets sur notre santé si elle est consommée occasionnellement en très petite quantité, que notre alimentation est équilibrée et qu’on a un poids santé. Traduction: il ne faut pas en mettre partout, tout le temps, comme on met du beurre de peanut sur des toasts.

Composition en acides gras des différentes huiles et graisses (Adapté de l’image: European Food Information Council (eufic.org))

L’huile de coco dans sa cuisine?

Dans ce contexte bien précis où il y a plein de bonnes (et bien meilleures) huiles végétales disponibles sur le marché pour notre santé, je vais toujours vous conseiller de miser sur la variété.  L’huile de coco fera partie de cette variété pour certaines personnes, mais pas pour d’autres. Toutefois, l’huile de noix de coco n’est pas un aliment « miracle ». Si on se fait conseiller de consommer de l’huile de coco pour améliorer son cholestérol sanguin, pour réduire son risque de maladies du coeur, en supplément pour faciliter la perte de poids, pour stimuler son métabolisme, pour couper la faim ou pour booster sa thyroïde, on se fait mener en bateau.

Oui, on peut avoir un pot d’huile de coco vierge dans notre armoire et l’utiliser de façon occasionnelle si on est en parfaite santé. C’est une huile qui possède un côté pratique comparativement à d’autres huiles végétales, car elle reste solide à température ambiante. Elle a une saveur de noix sucrée qui plait bien au goût et sa texture se prête bien à certaines préparations sans cuisson ou à des sautés avec une touche tropicale.

« L’huile d’olive, l’huile de sésame ou l’huile de canola resteront toujours les meilleurs choix pour notre santé puisqu'elles ont clairement fait leurs preuves depuis longtemps. »

L’huile d’olive, l’huile de sésame ou l’huile de canola resteront toujours les meilleurs choix pour notre santé puisqu’elles ont clairement fait leurs preuves depuis longtemps. C’est encore plus vrai si notre médecin nous a dit que notre cholestérol est élevé, si on est hypertendu ou diabétique. Dans ces cas bien précis, l’huile de coco ne sera clairement pas notre meilleur choix.

Et surtout, on ne se crée pas d’illusion et on consomme l’huile de noix de coco pour les bonnes raisons.

Dernière mise à jour: 25 août 2018

Références et sources graphiques

Sacks FM et al. Dietary fats and cardiovascular disease: A presidential advisory from the American Heart Association. Circulation 2017: 235: e1-e24.

Eyres L et al. Coconut oil consumption and cardiovascular risk factors in humans. Nutr Reviews 2016: 74(4): 267-80.

Cox C et al. Effects of dietary coconut oil, butter and safflower oil on plasma lipids, lipoproteins and lathosterol levels. Eur J Clin Nutr 1998;52(9):650-4.

Lichtenstein AH et al. Effects of different forms of dietary hydrogenated fats on serum lipoprotein cholesterol levels. N Engl J Med 1999; 24;340(25):1933-40.

Mendis S et al. Coconut fat and serum lipoproteins: effects of partial replacement with unsaturated fats. Br J Nutr 2001;85(5):583-589

Mendis S et al. The effect of daily consumption of coconut fat and soyabean fat on plasma lipids and lipoproteins of young normolipidaemic men. Br J Nutr 1990; 63, 547-552.

Mensink RP et al. Effect of dietary fatty acids on serum lipids and lipoproteins: a meta-analysis of 27 trials. ATVB 1992; 12, 911-919.

Source de l’image: European Food Information Council (eufic.org)

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