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Maigrir pour gagner quoi?

Les débuts d’année riment avec le retour des émissions de télé-réalité de perte de poids. Généralement centrées autour de la circonférence de la taille des participants souffrant d’obésité, les téléspectateurs sont plongés au coeur de leur intimité pour les suivre vers leur nouvelle vie sans kilos en trop. Ce spectacle télévisuel réussit rapidement à nous convaincre qu’il semble si simple de se motiver un peu pour perdre du poids, nous qui n’y arrivons pas.

En tant que nutritionniste, l’intérêt envers ce genre d’émissions me préoccupe. Parce qu’il y a ce qu’on voit à la télé, mais aussi ce que le téléspectateur ne verra jamais.


Le principe de la carotte ou du bâton

À quelques variations près, le concept de ces émissions reste le même. Au fil des éliminations, c’est celui qui aura perdu le plus grand pourcentage de poids qui gagnera la « carotte ». Tout au long de cette compétition, les participants seront entourés d’une équipe de spécialistes et seront isolés à divers degrés de leur vie normale (absence au travail, stress associé au fait d’être toujours filmés ou de ne plus vivre le quotidien avec la famille).

Bref, on est loin de la réalité d’un processus habituel de perte de poids.

Le plus gros perdant

D’un côté, certains soutiennent que ces émissions favorisent les changements vers un mode de vie sain chez les personnes désirant perdre du poids. Elles sont supposés être une source d’inspiration, de motivation et de dépassement de soi pour celle et ceux qui désirent troquer leur sofa à un tapis roulant.

Sauf qu’on ne nous parle jamais du revers de la médaille. Moi, j’y vois aussi de grands risques. Le risque du sentiment d’échec de ne pas « réussir » comme eux, le risque d’adopter des méthodes malsaines pour perdre du poids, le risque de se fixer des objectifs irréalistes, le risque de développer des troubles alimentaires, le risque d’amplifier encore plus la stigmatisation liée à l’obésité.

J’y vois l’ensemble des risques pour la santé physique et mentale.

Idéaliser la minceur, bannir la grosseur

Des heures et des heures d’entraînement par jour, des régimes hypocaloriques stricts (faibles en calories) et une vie centrée sur un seul objectif mènent définitivement à… une très grande perte de poids. Nulle question d’avoir l’air d’un « perdant » en petite tenue au moment de la pesée, devant des milliers de téléspectateurs au jugement aussi aiguisé qu’un couteau de chef japonais.

On récompense et on idéalise la réussite.

On coupe au montage ceux qui ne réussissent pas.

Voir plus gros que la réalité

Et le téléspectateur dans tout ça? Sachez que des chercheurs ont soulevé que le simple fait de regarder une émission comme « The Biggest Loser » pendant 40 minutes risque d’augmenter nos attitudes négatives envers les personnes souffrant d’obésité et notre perception que le poids est une variable facilement contrôlable. Les gagnants perdent des kilos, les perdants en gagnent. Le préjudice est palpable.

On ose maintenant se demander ce qu’il arrive quand la compétition est terminée et que les participants sont maintenant seuls à la maison avec leur réussite.

Handicaper son métabolisme

Il y a aussi les changements métaboliques néfastes (ceux qu’on ne verra jamais) de ce type de télé-réalité. On sait aujourd’hui que la majorité des participants de la huitième saison de « Biggest Loser » ont repris presque tout le poids perdu 6 ans après leur passage à l’émission. De plus, ces concurrents ont sérieusement handicapé leur métabolisme de base de plusieurs centaines de calories par jour comparativement aux gens qui ont perdu du poids sainement. Aujourd’hui, ils doivent faire des efforts supplémentaires et sont condamnés à manger beaucoup moins de calories qu’avant le début de l’aventure « Biggest loser ». Tout ça pour éviter de reprendre tout le poids perdu ou même plus qu’au départ. La conséquence semble sans retour et laisse présager un vif combat avec les aliments pour le reste de leur vie.

Être excessif, c’est rarement gagnant

Il demeure peu réaliste tant physiquement que psychologiquement de pouvoir maintenir à long terme un entraînement intensif (voire excessif) et un « programme alimentaire » restrictif comme ceux qui nous sont présentés dans ces émissions. Il ne faut pas se le cacher, le but premier de ces émissions de perte de poids est le divertissement du téléspectateur, pas l’atteinte d’un poids santé à long terme pour le participant.

Ce n’est ni une solution pour changer sa vie ni pour reprendre sa santé en main.


Remerciements

Je remercie Karine Gravel, nutritionniste, docteure en nutrition pour sa collaboration à la rédaction de ce billet. karinegravel.com

Références

Borrell B. Pros, cons of reality TV’s approach to weight loss. Los Angeles Times Online [En ligne]. (Page consultée le 2 janvier 2017).

Hoo JA et al. No clear winner: Effects of The Biggest Loser on the stigmatization of obese persons. J Health Comm 2013: 28(3);294-303.

Hill JO. Is « The Biggest Loser » really a big winner or just à Big Loser? Obesity Management 2005: 10(5); 187-188.

Domoff SE et al. The effects of reality television on weight bias: An examination of The Biggest Loser. Obesity 2012: 20(5):993-998.

Puhl RM et al. The stigma of obesity: a review and update. Obesity 2009:17(5); 941–964.

Fothergill E et al. Persistent metabolic adaptation 6 years after “The Biggest Loser” competition. Obesity 2016: 24(8); 1612-1619.

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