Super Bowl : de la nourriture ou de la démesure? - Science + Fourchette
On tranche!

Super Bowl : de la nourriture ou de la démesure?

Cette année, on estime que les Canadiens devraient consommer 82 millions d’ailes de poulet le dimanche du match du Super Bowl.

Ça, ce n’est pas une statistique rigoureuse provenant d’une étude scientifique. C’est un chiffre qu’on a reçu hier dans notre boite de courriels. Cette statistique impressionnante a été partagée par un géant de l’alimentaire via un communiqué de presse.

Au-delà du fait qu’on soit capable d’estimer rapidement le nombre de poulets qui ont été introduits dans la chaine alimentaire en divisant 82 millions par deux, ce genre d’information médiatisée à grande échelle laisse perplexe.

Notre question: qu’est-ce qu’on souhaite réellement nous communiquer avec ce chiffre démesuré? Qu’on devrait se sentir coupable de manger devant la télé? Qu’on devrait compenser pour ce surplus de « malbouffe » ingéré? Ou bien qu’on ne doit pas avoir peur de manquer d’ailes de poulet à manger?

— mots de Annie Ferland, nutritionniste + docteure en pharmacie


La culture alimentaire du Super Bowl

Depuis toujours, il semble y avoir une association culturelle entre le Super Bowl et la nourriture. Selon l’association American Institute of Food Distribution, le jour du Super Bowl est celui où il se consomme le plus de nourriture et de boissons (calculé en volume) aux États-Unis après l’Action de grâce. Et chaque année, cette grande messe sportive est médiatisée en chiffres de nourriture et de démesure: 1,25 milliard d’ailes de poulet, 50 millions de caisses de bière, 54 millions de kilos d’avocats, 11 millions de tranches de pizza, 5 millions de kilos de croustilles, 2,2 millions de kilos de bretzels, 1,7 million de kilos de popcorn, 1 million de kilos de noix, etcétéra.

On ose même se demander qui a eu la drôle d’idée de mesurer la longueur d’une aile de poulet pour calculer le nombre que ça prendrait pour faire trois fois le tour de la Terre …

Et pour rajouter une légère dose de culpabilité, le Calories Control Council estime que l’Américain moyen consommera environ 2400 calories et 121 grammes de gras de plus dans sa journée, uniquement par le grignotage d’aliments transformés.

Tous ces chiffres sont malsains, anxiogènes et ne sont pas là pour nous aider à développer une relation saine avec la nourriture.

« Tous ces chiffres sont malsains, anxiogènes et ne sont pas là pour nous aider à développer une relation saine avec la nourriture. »

-Science + Fourchette

Le Super Bowl en chiffres

Une fois qu’on a été exposé à ces statistiques démesurées, il semble impossible de ne pas se sentir jugé par les choix alimentaires que l’on fera et qui ne correspondront pas à cette espèce d’idéal d’alimentation « bonne pour la santé ». .

L’abondance de ces chiffres plus ou moins valables peut créer des préoccupations excessives envers notre alimentation, qui n’ont pas lieu d’être. Ultimement, cela finit toujours par nuire à la relation qu’on entretient avec la nourriture.

Banaliser la culpabilité

On ne devrait pas banaliser le sentiment de se sentir coupable de manger. Cela devrait nous révolter que ce soit socialement accepté et médiatiquement véhiculé, encore plus lors d’un événement festif comme le Super Bowl. Bien manger – ou manger équilibré – c’est d’adopter de bonnes habitudes pour notre santé et notre bien-être. Ce n’est pas de viser la perfection alimentaire absolue ou d’adopter des habitudes compensatrices pour « minimiser les dommages ».

Ça, c’est plutôt une porte d’entrée au développement d’une relation malsaine avec la nourriture et le corps et, parfois même, de troubles alimentaires.

Nuancer la démesure

Le Super Bowl est certainement une bonne occasion pour prendre une pause de ce genre d’information nutritionnelle. On devrait plutôt profiter de cet événement pour se débarrasser de notre culpabilité alimentaire, pour célébrer le plaisir de manger et pour de prendre le temps de savourer les aliments que l’on va consommer. Oui! Même s’ils sont mangés devant la télé!

Il faut mettre en pratique des habitudes bienveillantes, en arrêtant de se justifier quand on mange un aliment « mauvais pour la santé ». Et on laisse au vestiaire les expressions comme « plaisir coupable », « tricherie » ou « cheat day », qui ne font qu’alimenter la culpabilité.

 

– – Dernière mise à jour: 10 février 2023


Références

Superbowl Commercials. [EN LIGNE] (La liste des publicités des 5 dernières années a été utilisée à des fins statistiques).

Calories Control Council:  The Big Game Party-6 Tips to Defend Against Too Many calories. [EN LIGNE]

JP Rey-Lopez et al. Food and drink intake during television viewing in adolescents: The Healthy Lifestyle in Europe by Nutrition in Adolescence (HELENA) study. Helena study. Public Health Nutr. 2011 Sep;14(9):1563-9.

JL Harris. Priming effects of television food advertising on eating behavior. Health Psychology 2009 28(4): 404-413.

The Washington Time. A long road to Super Bowl Monday. 2008 [EN LIGNE].

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