Boissons énergisantes et adolescents : tout ce qu'un parent devrait savoir ngers boissons énergisantes adolescents - Science et Fourchette
Sujets chauds

Tout ce qu’un parent devrait dire à son adolescent sur les boissons énergisantes

Une canette. Du sport. Une médication nécessaire. Et un adolescent de 15 ans est décédé.

Le cas de Zachary Miron a mis en lumière ce que les professionnels de la santé redoutent depuis longtemps. Les boissons énergisantes ne sont pas anodines, surtout chez les jeunes. Comme mère de deux ados, nutritionniste et scientifique ayant fait de la recherche sur ces boissons, leur consommation m’inquiète depuis longtemps. En 2010, j’ai d’ailleurs fait partie d’une équipe de recherche à l’Institut universitaire de cardiologie de Québec pour étudier précisément leurs effets cardiovasculaires — un dossier qui faisait déjà parler en 2010.

Et aujourd’hui, je dois avoir une conversation qui ne fera pas dans la dentelle avec mes jeunes à ce propos.

Voici tout ce qu’un parent devrait savoir (et dire) à ses enfants à propos des boissons énergisantes.

mots de Annie Ferland, PhD, DtP-nutritionniste


Les boissons énergisantes ne donnent pas vraiment d’énergie

C’est le premier malentendu à défaire. Les boissons énergisantes sont présentées comme capables de donner de l’énergie, de stimuler le cerveau, de combattre la fatigue et d’améliorer la concentration. Mais dans les faits, ce sont des boissons sucrées caféinées. De l’énergie, ça ne se boit pas dans une canette en métal. C’est une combinaison de saines habitudes de vie (bien manger, faire de l’exercice, diminuer l’anxiété, etc.) et d’un bon sommeil que la caféine, justement, perturbe.

Oui, on se sent plus éveillé ou stimulé, mais sans l’être vraiment. La fatigue est masquée, pas résolue. Et quand l’effet passe, elle revient en force.

Le marketing de ces produits cible directement les adolescents

Il vaut la peine d’en parler explicitement avec eux, parce que les adolescents sont précisément la cible. Ces boissons sont associées à des modes de vie cool, extrêmes, aventureux. Certaines marques sont allées si loin dans cette stratégie qu’elles possèdent leur propre chaîne de télévision et leur propre réseau de contenu numérique. À ce stade, ce n’est même plus du marketing, c’est un empire médiatique entier construit autour d’un mode de vie que la marque veut vendre à nos jeunes.

Ce n’est pas une pratique limitée aux écrans. En 2021, des représentants de Red Bull distribuaient encore des canettes gratuitement dans les couloirs de l’UQAM, parfois sans autorisation. On en parlait d’ailleurs dans cet article du Montréal Campus.

Il suffit de regarder qui commandite les compétitions de sports extrêmes et qui finance les chaînes YouTube les plus populaires auprès des adolescents pour comprendre l’ampleur du phénomène. Reconnaître le marketing pour ce qu’il est, c’est déjà un outil puissant à donner à nos ados.

« Une stratégie de vente qui associe ces boissons à un lifestyle santé, qui incite à en consommer davantage, et qui ne dit jamais rien des conséquences — ce n'est pas de l'information, c'est de la persuasion. »

Les professionnels de la santé sont formels: pas avant 18 ans

Santé Canada et la Société canadienne de pédiatrie sont formels : les jeunes de moins de 18 ans devraient éviter ces boissons en tout temps. Pourquoi? Parce que les adolescents sont physiologiquement plus vulnérables que les adultes à la caféine. Ils sont plus légers, leur tolérance est moindre, et leur système cardiovasculaire en développement réagit plus intensément.

À cela s’ajoute un facteur souvent oublié. Certains jeunes vivent avec des conditions cardiaques ou des prédispositions génétiques qui n’ont jamais été diagnostiquées. Une canette peut alors déclencher une réaction grave chez un adolescent qui se croyait en parfaite santé.

C’est d’ailleurs une question qu’on m’a posée directement dans un reportage de L’épicerie (Radio-Canada) en septembre 2024, où j’ai analysé les études soumises par cinq entreprises de boissons énergisantes. Malheureusement, les lacunes méthodologiques étaient nombreuses.

Le risque d’interaction médicamenteuse est réel et sous-estimé

C’est l’angle le moins connu, et pourtant l’un des plus importants. Les boissons énergisantes contiennent de la caféine, mais aussi de la taurine, du guarana et d’autres ingrédients ou stimulants dont les interactions médicamenteuses sont encore mal comprises. On sait que ce cocktail peut interagir avec plusieurs types de médicaments. Les psychostimulants prescrits pour le TDAH en premier lieu, mais aussi certains antidépresseurs et antipsychotiques.

La coroner a retenu comme hypothèse probable que c’est cette interaction qui a coûté la vie à Zachary Miron. On ne comprend pas encore tout, mais on en sait assez pour que ça justifie une conversation avec nos ados, surtout s’ils prennent une médication qui est importante pour leur santé et prescrite par leur médecin. Et rien sur l’emballage ne les avertit.

La dose de caféine est souvent sous-estimée

Santé Canada limite la caféine dans les boissons énergisantes à 180 mg par contenant et oblige les fabricants à déclarer toutes les sources de caféine — incluant celles provenant de plantes comme le guarana. Mais la limite peut quand même être facilement dépassée sans qu’on s’en rende compte : selon le poids et la tolérance d’un adolescent, une seule canette peut déjà atteindre ou dépasser l’apport quotidien maximal recommandé. Et si on y ajoute un café, une boisson gazeuse caféinée ou du thé dans la même journée, le total grimpe vite,souvent sans qu’on y pense.

À cela s’ajoute un autre facteur. Les formats géants importés des États-Unis devraient être soumis à la réglementation canadienne, mais certains se retrouvent quand même en vente ici, en épicerie ou en ligne, sans que personne ne s’en assure vraiment, et avec des doses de caféine nettement plus élevées que ce qu’on trouve habituellement ici.

Les versions « sans sucre » ne règlent pas le problème

C’est une idée reçue fréquente. Le problème des boissons énergisantes, ce n’est pas le sucre, c’est la caféine et le cocktail de stimulants qu’elles contiennent. Même sans sucre, la stimulation cardiovasculaire est bien réelle. « Zéro calorie » ou « sans sucre » sur l’étiquette, ça ne veut pas dire sans effet sur le cœur.

« Une boisson énergisante, c'est une boisson sucrée et caféinée. Ni plus, ni moins. »

Les boissons énergisantes sont-elles dangereuses pour le cœur des adolescents?

Les effets cardiovasculaires des boissons énergisantes ne se limitent pas aux situations d’interaction médicamenteuse. Ils peuvent toucher n’importe quel jeune, même en bonne santé.

Les études montrent qu’après la consommation d’une boisson énergisante, la fréquence cardiaque peut augmenter de 10 à 20 battements par minute et la pression artérielle peut grimper de façon significative. Dans des cas documentés dans la littérature scientifique, on rapporte des arythmies, des syndromes coronariens et des arrêts cardiaques. Rares, mais réels. Y compris chez de jeunes adultes sans antécédents connus.

Les palpitations, tremblements et autres signaux d’alarme que certains ressentent après en avoir consommé ne sont pas anodins. C’est le corps qui envoie un message. Ce n’est pas une raison de paniquer, mais c’est une raison de prendre le sujet au sérieux. J’ai détaillé tous ces effets dans cet autre article sur les boissons énergisantes et le cœur.

Ne jamais mélanger boissons énergisantes et alcool

Ce mélange est répandu chez les jeunes adultes, mais il mérite d’être abordé tôt. Les stimulants contenus dans les boissons énergisantes peuvent masquer les effets de l’alcool. On se sent moins saoul, alors on boit davantage, sans s’en rendre compte. Le résultat : un risque d’intoxication grave à l’alcool, de comportements à risque et d’accidents. C’est l’équivalent d’une bombe à retardement.

La règle devrait être simple : on ne mélange pas.

Les boissons énergisantes n’améliorent pas les performances scolaires ni sportives

C’est l’un des arguments les plus utilisés par les jeunes pour justifier leur consommation et l’un des plus mal fondés scientifiquement. La caféine masque la fatigue, elle ne l’élimine pas. Elle ne rend pas plus intelligent, n’améliore pas la mémoire et ne remplace pas une bonne nuit de sommeil avant un examen.

Pour la performance sportive, certaines études montrent un effet modeste et à court terme sur la vigilance, mais au prix de risques réels : troubles gastro-intestinaux, palpitations et arythmies pendant l’effort. Un compromis qui n’en vaut pas la peine, surtout pour un adolescent en pleine croissance. Étudier régulièrement et dormir suffisamment restent, sans surprise, beaucoup plus efficaces.

Au Québec, l’Association québécoise des médecins du sport et de l’exercice va dans le même sens : elle déconseille formellement la consommation de boissons énergisantes avant, pendant et après toute activité sportive, et recommande d’en interdire la vente aux moins de 16 ans.

Ce n’est pas parce que tout le monde en boit qu’il faut en boire

La pression sociale est un facteur réel dans la consommation des adolescents. Leur rappeler que la popularité d’un produit n’est pas une preuve de son innocuité, et que le marketing a justement pour but de normaliser sa consommation, c’est leur donner un outil de pensée critique qui va bien au-delà des boissons énergisantes.

Cette conversation vaut la peine d’être faite

Au même titre que l’alcool, le cannabis ou le tabac, les boissons énergisantes méritent une conversation franche avec nos adolescents. Pas alarmiste, pas moralisatrice, mais informée. On ne comprend pas encore toutes les interactions possibles entre les multiples ingrédients actifs de ces produits. Ce qu’on sait, c’est que certaines combinaisons peuvent avoir des conséquences graves. Leur en parler, c’est leur donner les outils pour faire leurs propres choix en connaissance de cause.

Dans la foulée du décès de Zachary Miron, 21 organisations scolaires québécoises réclament maintenant une interdiction légale de vente aux moins de 16 ans. Ce n’est pas une position alarmiste. C’est une position prudente, appuyée par des données suffisamment préoccupantes pour que deux grandes organisations de santé publique canadiennes s’entendent sur le même message.


Mis à jour en avril 2025 — cet article, publié initialement en 2018, a été actualisé à la suite du décès de Zachary Miron et de la mobilisation québécoise pour interdire la vente et la distribution de boissons énergisantes aux jeunes de moins de 16 ans.

Merci de respecter le travail et la recherche derrière ce contenu en citant « Science et Fourchette » ou Annie Ferland, PhD, DtP si vous le partagez, l’utilisez, ou même vous en inspirez, quel que soit le contexte. Toute reproduction, en partie ou en totalité, doit faire l’objet d’une demande d’autorisation préalable.

Références

Santé Canada. Boissons énergisantes contenant de la caféine [En ligne]. Ottawa : Gouvernement du Canada; 2021 [consulté le 17 avril 2026]. Disponible : https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/aliments-nutrition/aliments-supplementes/boissons-energisantes-contenant-cafeine.html

Pound CM, Blair B; Société canadienne de pédiatrie, Comité de la pédiatrie communautaire. Les boissons pour sportifs et les boissons énergisantes chez les enfants et les adolescents [En ligne]. Paediatr Child Health. 2017;22(7):406-410 [reconduit le 24 février 2023; consulté le 17 avril 2026]. Disponible : https://cps.ca/fr/documents/position/les-boissons-pour-sportifs-et-les-boissons-energisantes

Dumais A, Ferland A et al. Influence of energy drinks on 24-hour heart rate and blood pressure in young healthy subjects: preliminary results. 3e Congrès international sur l’obésité abdominale, 9-12 juillet 2012. Program book, p.54

Gouvernement du Canada. [En ligne] Lignes directrices préliminaires destinées à l’industrie sur l’étiquetage de la teneur en caféine des aliments préemballés. Version actuelle 17 mars 2010. [référence consultée le 22 octobre 2019].

Bilodeau I. Les boissons énergisantes contenant de la caféine [En ligne]. Québec : Institut national de santé publique du Québec; 2025 avr. 14 [consulté le 17 avril 2026]. Disponible : https://www.inspq.qc.ca/toxicologie-clinique/actualites/boissons-energisantes-cafeine

Institut national de santé publique du Québec. Boissons énergisantes : risques liés à la consommation et perspectives de santé publique [En ligne]. Québec : INSPQ; 2010 [consulté le 17 avril 2026]. Disponible : https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/publications/1167_boissonsenergisantes.pdf

Bwenge A, Côté M, de Macar A, Poirier P. Les boissons énergisantes et le sport — Énoncé de position, mise à jour 2019 [En ligne]. Montréal : Association québécoise des médecins du sport et de l’exercice; 2019 oct. 23 [consulté le 17 avril 2026]. Disponible : https://cdn.aqmse.org/files/2020/05/28144132/boissons-energisantes-et-le-sport-mise-a-jour-finalmbr.pdf

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