Est-ce que manger selon les règles imposées par les diètes populaires coûte plus cher? - Science et Fourchette
Sujets chauds

Est-ce que manger selon les règles imposées par les diètes populaires coûte plus cher?

À notre grand désespoir, manger coûte de plus en plus cher. Même que les experts nous préviennent que le prix des aliments risque encore de grimper cette année.

Et si en plus on décide de changer notre mode de vie pour suivre la nouvelle diète populaire, est-ce qu’on peut espérer économiser … où se faire lessiver?

* J’aimerais souligner que pour répondre à la question, je me suis intéressée uniquement au chiffre lié à notre compte de banque et non au chiffre que les diètes populaires veulent faire baisser sur la balance. Toutefois, si mon avis d’experte sur les diètes populaires vous intéresse, c’est possible de le lire dans cette lettre d’opinion** publiée dans Le Journal de Montréal.

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Mots de Annie Ferland, nutritionniste et docteure en pharmacie


Le prix d’une calorie

On y a tous pensé: si on se met à la diète, on coupe dans les calories. En théorie, on devrait manger moins, maigrir, économiser et être heureux.

Win-win?

Pas vraiment.

Comme à peu près tout dans la vie, c’est un raisonnement beaucoup trop simple pour être vrai. Que ce soit le jeûne intermittent, la diète cétogène ou paléo, les diètes populaires viennent avec des règles à suivre, des restrictions, des aliments permis et d’autres, interdits. Et cela a un prix.

Acheter autrement

Dans l’ensemble, les diètes populaires nécessitent l’achat d’aliments qui sont moins courants. On peut penser à la farine d’amandes qui remplace la farine tout usage parce qu’il faut “contrôler-son-taux-de-sucre-pour-maigrir”.  Ou encore les nouilles konjac à zéro calorie, 11 fois plus cher que des spaghettis.

D’autres diètes restreignent à l’extrême la consommation de glucides, ce qui implique l’achat d’aliments qui sont, par leur nature, plus dispendieux. Certaines vont aussi encourager l’achat de produits de spécialité, tels que du “bio”, du “certifié keto” ou du “sans gluten”. Même si le total de la facture peut varier selon notre budget, nos préférences alimentaires et nos habiletés à cuisiner, ceux qui se sont intéressés à cet enjeu ont souligné que l’addition pouvait (très!) vite grimper.

Combien plus cher

Mais ce qu’on veut réellement savoir, c’est à combien – plus cher – cela se chiffre mensuellement. Si on suppose que le coût minimal d’une épicerie équilibrée est d’environ 300,90 $ CAD par personne par mois, des chercheurs estiment que de manger selon les principes de la diète paléo coûtera plutôt 382,00$ canadien.

On pratique le jeûne intermittent? Ce sera 417,38 $ CAD par personne par mois.

On mange keto? Ce sera l’équivalent de 418,17 $ CAD par personne par mois.

Une simple question d’addition

Outre le coût des aliments en soi, les diètes populaires sont presque toujours accompagnées de suppléments alimentaires, de repas de remplacement, de programmes, de plan, d’abonnements mensuels ou de consultations avec une personne qui s’auto-proclame un spécialiste de cette diète. Selon les estimations, il faudra sortir – encore une fois! – un montant supplémentaire de nos poches, soit l’équivalent de 95 $ à 560 $ CAD de plus par semaine pour éponger cette facture salée.

On n’ose pas imaginer la personne qui a de la difficulté à joindre les deux bouts et qui se faire recommander de suivre ce type de diète au nom de sa santé.

Une efficacité non prouvée

On ne peut pas terminer de répondre à la question sans souligner le manque d’études scientifiques bien faites au sujet des diètes populaires. Comme Karine et moi l’avons mentionné dans notre lettre d’opinion:

« On pourra ressentir de la déception et même de la colère, si on apprend aujourd’hui que toutes les diètes sont vouées à l’échec. Selon plusieurs études rigoureuses, 86 % à 94 % des gens ayant suivi une diète amaigrissante ont repris le poids perdu, deux ans ou plus après la fin de la diète. Et si l’on s’attarde au faible pourcentage des gens qui semblent réussir à maintenir leur perte de poids, on constate qu’ils le font à coups d’efforts démesurés, dictés par la culture des diètes : ils montent sur le pèse-personne quotidiennement, s’entraînent au minimum 60 minutes par jour, restreignent les matières grasses et consomment en moyenne moins de calories qu’un enfant de 5 ans. »


Remerciements

**La lettre d’opinion est co-signée par Karine Gravel, nutritionniste et docteure en nutrition

Je la remercie également pour la révision scientifique de cet article et d’avoir accepté que je reprenne textuellement un passage de notre lettre d’opinion dans ce billet.

Références scientifiques

Bracci EL et al. Developing and implementing a new methodology to test the affordability of currently popular weight loss diet meal plans and healthy eating principles. BMC Public Health. 2022 Jan 6;22(1):23.

Goldberg JP, Sliwa SA. Communicating actionable nutrition messages: challenges and opportunities. Proc Nutr Soc. 2011 Feb;70(1):26-37.

Ramachandran D et al. Food Trends and Popular Nutrition Advice Online – Implications for Public Health. Online J Public Health Inform. 2018 Sep 21;10(2):e213.

Alima, Centre de nutrition sociale périnatale (Dispensaire Diététique de Montréal). PPNE  Le panier à provisions nutritif et économique. Coût du PPNE par catégorie d’âge, de sexe et de condition physiologique (enceinte ou allaitante) – janvier 2024 [En ligne]. Consulté le 19 janvier 2024.

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