cretons végétarien (avec de la PVT).
La protéine végétale texturée — connue sous le diminutif PVT, ou parfois « protéine de soya texturée » — est l’un des substituts de viande les plus économiques, polyvalents et bien documentés sur le plan nutritionnel. Pourtant, elle reste méconnue et entourée de quelques idées reçues. On fait le point sur ce qu’elle est vraiment, ce qu’elle vaut nutritionnellement, et comment tirer le meilleur d’elle en cuisine.
La PVT est un sous-produit de la fabrication de l’huile de soya. Pour la produire, on part de la farine de soya dégraissée, qu’on cuit sous pression avant de la façonner en différentes formes (hachée, granules, morceaux, boulettes) et de la faire sécher. Ce processus retire environ 95 à 98 % des matières grasses initiales de la fève, ce qui explique la très faible teneur en gras de la PVT une fois séchée — une propriété souvent surprenante pour les consommateurs.
Ce profil de fabrication mérite qu’on s’y attarde. Selon le système de classification NOVA, qui évalue le degré de transformation des aliments, la PVT se situerait dans la catégorie des aliments transformés, mais non ultra-transformés : elle est produite à partir d’un aliment entier (la fève de soya), sans addition de sel, de sucre, de gras ni d’additifs dans sa forme naturelle. Seules certaines PVT vendues en vrac contiennent du colorant caramel — un ajout jugé superflu. On peut donc la considérer comme un aliment fortement transformé dans sa texture, mais proche d’un aliment entier par son profil nutritionnel.
C’est probablement là que la PVT impressionne le plus. Une portion de PVT réhydratée (environ 85 g, soit l’équivalent réhydraté de 38 g secs pour la forme hachée) fournit approximativement 20 g de protéines, moins de 2 g de matières grasses, dont très peu de gras saturés, et environ 3 à 4 g de fibres alimentaires.
Un point souvent ignoré : la qualité des protéines. La protéine de soya est l’une des rares protéines végétales à être « complète », c’est-à-dire qu’elle contient l’ensemble des acides aminés essentiels en quantités adéquates. Son score DIAAS (Digestible Indispensable Amino Acid Score), qui mesure la digestibilité et la qualité réelle des protéines, est comparable à celui des protéines animales — ce qui est exceptionnel dans le règne végétal.
La PVT fournit une quantité similaire de protéines avec nettement moins de gras saturés et plus de fibres. La teneur en fer est non négligeable, mais sous forme non héminique (fer végétal), dont la biodisponibilité est inférieure à celle du fer héminique de la viande. Consommer la PVT avec une source de vitamine C dans le même repas améliore l’absorption du fer végétal.
C’est la question que beaucoup se posent, surtout à cause des phytoestrogènes. Les isoflavones du soya ont une structure moléculaire similaire aux œstrogènes, ce qui a alimenté des craintes sur leur effet hormonal. Or, les données scientifiques actuelles, dont plusieurs méta-analyses, indiquent que la consommation de soya à des niveaux alimentaires courants n’a pas d’effet néfaste sur la santé hormonale chez les femmes ou les hommes, et n’est pas contre-indiquée chez les survivantes de cancer du sein.
La PVT s’inscrit dans la continuité du tofu, du tempeh et des fèves edamame : des aliments à base de soya bien documentés, sécuritaires et bénéfiques dans le cadre d’un régime alimentaire varié.
On trouve la PVT sous plusieurs formats : hachée (la plus courante), en petits grains ou granules, en morceaux de taille moyenne, et plus rarement en boulettes ou en lanières. Chaque format correspond à un usage différent. La forme hachée reproduit la texture de la viande hachée dans une sauce à spaghetti, un chili ou un taco. Les morceaux s’utilisent dans les sautés ou les mijotés, à la manière de dés de poulet.
Dans certaines épiceries américaines ou européennes, on trouve aussi des formats émincés ou en médaillon, et l’offre continue de s’élargir avec la popularité croissante de la PVT.
On en trouve en épicerie vrac, en ligne, en épicerie santé , et dans la section bio de plusieurs grandes surfaces. Il est préférable de choisir les versions sans colorant caramel, qu’on repère facilement en lisant la liste d’ingrédients : la PVT idéale n’a qu’un seul ingrédient, la farine de soya dégraissée.
La PVT sèche peut être réhydratée dans un liquide bouillant pendant 10 à 15 minutes avant utilisation, puis égouttée. Pour ceux qui préfèrent préparer à l’avance, on peut aussi la laisser tremper dans l’eau tiède pendant environ une heure sans faire bouillir — le résultat est similaire. Une fois réhydratée, elle se substitue à la viande hachée dans un ratio 1:1 en volume. Pour obtenir l’équivalent d’une livre (454 g) de viande hachée, on utilise environ 1 ¾ tasse (soit environ 175 g) de PVT sèche.
Elle tolère bien la cuisson à la mijoteuse sans réhydratation préalable : on l’ajoute sèche et on augmente simplement la quantité de liquide de la recette d’une quantité équivalente.
Nature, la PVT est pratiquement sans saveur, comme le tofu. Ce qu’on lui donne comme bouillon ou marinade détermine entièrement le résultat. Pour aller plus loin, un filet de sauce soya ou un mélange sauce soya-cassonade-épices en fin de cuisson ajoute de la couleur et une touche de caramélisation qui améliore à la fois l’apparence et la profondeur de goût du plat. Quelques bases de bouillon qui fonctionnent bien :
Oui, et de façon significative. La PVT non biologique vendue en vrac est l’une des sources de protéines complètes les moins chères disponibles au Québec. Par gramme de protéines, elle revient en moyenne à une fraction du coût de la viande hachée, même en tenant compte de l’inflation alimentaire des dernières années. La version biologique coûte davantage, mais demeure concurrentielle face à la viande bovine biologique.
Cette réalité économique en fait une option particulièrement pertinente pour les ménages à budget serré qui souhaitent maintenir un apport protéique adéquat sans sacrifier la qualité nutritionnelle.
La PVT sèche se conserve longtemps, à condition d’être gardée dans un contenant hermétique, à température ambiante, dans un endroit sec et à l’abri de la lumière. La durée recommandée est de 6 à 12 mois. Passé ce délai, la faible teneur en matières grasses résiduelles peut éventuellement s’oxyder et donner une odeur de rance. Le nez reste le meilleur indicateur.
Une fois réhydratée, la PVT se conserve au réfrigérateur pendant 3 jours dans un contenant fermé.
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